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- Mon Lycée
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- " J'entrai au Lycée
Pasteur vers 1923 ou 1924, en classe de sixième, et n'en
sortis qu'avec le bac de Philo. C'est dire que l'essentiel
de mes études, de ma découverte des livres,
de mon apprentissage de la France, s'est déroulé
dans cette immense bâtisse, aérée et lumineuse,
ancrée au bord du boulevard d'Inkermann, et dont je ne
puis, aujourd'hui encore, revoir la façade sans un sentiment
de gratitude et de nostalgie. Là, j'ai connu des amitiés
juvéniles irremplaçables, là, j'ai reçu
avec gourmandise l'enseignement de quelques professeurs dont
la pensée m'a marqué pour le restant de mes jours,
là, j'ai chahuté, là, j'ai ri, là,
j'ai joué au ballon, là, j'ai été
heureux, là surtout, j'ai découvert en moi le besoin
immodéré d'écrire.
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- Mais, à cette époque
lointaine, je ne concevais pas qu'un auteur digne de ce nom pût
s'exprimer en prose. Dès mon arrivée en classe
de troisième, je décidai de rédiger tous
mes devoirs de français en vers. Nous avions comme
professeur l'excellent romancier et historien Auguste Bailly.
Il aurait pu s'opposer à ce flot de lyrisme. Bon prince,
il l'encouragea. Quel que fût le sujet proposé,
je lui remettais des copies lourdes d'alexandrins et il les corrigeait
avec le plus grand sérieux. Le dictionnaire des rimes
était devenu mon livre de chevet. Je vivais entouré
d'une musique de mots. J'étais Hugo sur son rocher, Verlaine
dans son bistrot, Lamartine au bord du lac... Une demi-douzaine
de camarades me rejoignirent dans ma passion de la littérature
et nous fondâmes une revue, intitulée "Fouillis".
Abonnés d'office, nos parents fournirent les fonds nécessaires
à l'impression. Six numéros furent publiés
ainsi à grand peine. Un peu plus tard, en collaboration
avec un camarade de classe, j'écrivis un sixième
acte de "Britannicus", un sixième acte du "Cid"
et un sixième acte des "Femmes savantes", et
nous jouâmes ces irrévérencieuses parodies
devant un public de parents et d'amis.
C'est seulement en classe de Philosophie que je renonçai
à la poésie pour me consacrer à la prose.
Notre professeur, Dreyfus-Lefoyer, fut mon initiateur
et mon guide dans le dédale des âmes. Il lui arrivait
de nous emmener au Bois de Boulogne pour faire son cours en plein
air. Dès le début, il éveilla en moi une
curiosité insatiable pour les êtres, leurs singularités,
leurs secrets, leurs trébuchements, leurs combats. En
quittant le lycée Pasteur, je savais déjà
que je tenterais ma chance, un jour ou l'autre, comme romancier.
Avant même d'avoir vécu, je voulais raconter la
vie. Comment pourrais-je n'être pas reconnaissant, après
tant d'années, à tous ceux qui, dans ce coin paisible
de Neuilly, m'ont aidé à choisir ma voie ? "
H. Troyat, Livret des 75 ans du Lycée Pasteur, 1989
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- La mémoire d'Henri Troyat, à
Pasteur
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- A la demande de notre Conseil
d'Administration, un prix Henri Troyat, récompensant
le meilleur élève de Terminale L sera créé
au Lycée Pasteur, dès la cérémonie
de remise des prix de juin 2007. Nous remercions M. le
Proviseur J. Adrian et le Conseil d'Administration du
Lycée d'avoir accepté notre proposition et d'offrir
de financer ce prix à partir du budget annuel réservé
aux prix de fin d'année.
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